L'Ombre de Velours
- 26 mai
- 27 min de lecture
Dernière mise à jour : 13 juin

Chapitre 1
La Tempête
La route serpentait dans la garrigue comme une cicatrice mal refermée. Éléonore Saint-Clair serrait le volant de sa vieille Peugeot, les phalanges blanches, tandis que les essuie-glaces livraient une bataille perdue d'avance contre le ciel. La pluie ne tombait plus : elle s'abattait, oblique, furieuse, frappant la tôle avec un acharnement presque personnel. Au-dessus des collines, les éclairs déchiraient les nuages en lambeaux violets, et le tonnerre suivait, lourd, roulant à travers les vallons comme un avertissement qu'elle s'obstinait à ne pas entendre.
Le manoir Voss apparut à un détour, surgissant de la pluie comme une apparition. Elle freina, sans s'en rendre compte. La bâtisse se dressait au bout d'une allée bordée de cyprès tordus par le mistral, ses pierres ocres noircies par l'eau, ses volets fermés sauf un, au premier étage, qui battait au gré du vent. Une seule fenêtre éclairée. Une seule, tout en haut, comme un œil unique posé sur elle.
Elle souffla, ajusta le foulard qui retenait ses cheveux roux, et reprit lentement l'allée. Le gravier crissait sous les pneus, noyé. Son appareil photo, dans son étui de cuir sur le siège passager, tressautait à chaque cahot. Trois ans qu'elle préparait ce reportage. Trois ans à écrire à Alexandre Voss, à essuyer ses refus polis, ses silences, ses lettres d'avocats. Et puis, soudain, une réponse manuscrite, deux lignes à l'encre noire : Venez. Trois jours. Pas davantage.
Elle se gara devant le perron. Le vent l'arracha presque à la portière. Trempée en quelques secondes, elle attrapa son sac, son matériel, et courut sous l'auvent de pierre où une lanterne en fer forgé balançait, projetant des ombres folles. Avant même qu'elle n'ait posé la main sur le heurtoir — une tête de loup en bronze patiné —, la porte s'ouvrit.
Il était là.
Plus grand qu'elle ne l'avait imaginé. Vêtu d'un pull noir col roulé, un pantalon sombre, les manches relevées sur des avant-bras nervurés. Trente-deux ans, mais le port d'un homme qui avait traversé des siècles. Ses cheveux châtain foncé étaient rejetés en arrière, encore humides — il sortait peut-être du bain. Et ses yeux. Ses yeux d'un bleu d'acier qu'elle avait vus en photo et qui, en vrai, étaient infiniment pires : une eau froide, immobile, où l'on devinait, dessous, des courants capables de tout emporter.
— Mademoiselle Saint-Clair.
Sa voix était basse, sans inflexion, et pourtant elle la sentit descendre le long de son échine comme une main posée à plat.
— Monsieur Voss.
Il s'écarta. Elle entra. Le hall sentait la cire d'abeille, le bois ancien, et quelque chose d'autre — un parfum d'homme, cuir et fumée tiède. Derrière elle, la porte se referma sur la tempête avec un claquement sourd, et le silence du manoir tomba comme une cape sur ses épaules.
— Vous êtes trempée, dit-il.
Ce n'était pas une observation. C'était un constat clinique, qu'elle reçut comme un reproche.
— La route a été longue.
— Je vous avais conseillé de partir plus tôt.
— Je suis ici à l'heure dite.
Un demi-sourire — à peine. Un pli au coin de la bouche, mince, qui n'atteignit pas ses yeux. Il prit son manteau de ses mains sans le lui demander, le suspendit. Ses doigts effleurèrent les siens, une fraction de seconde. Elle ne broncha pas. Mais quelque chose, en elle, s'éveilla — un nerf, une alerte.
— Madame Charvet vous montrera votre chambre, dit-il. Le dîner est à vingt heures. Soyez ponctuelle.
Il tourna les talons et disparut dans un couloir, sans attendre sa réponse.
Éléonore resta seule un instant au milieu du hall, ruisselante, son appareil photo serré contre sa poitrine comme un bouclier. Elle entendit, quelque part au-dessus, le grondement d'un nouveau coup de tonnerre. Et plus près, sous ses côtes, le battement précipité de son propre cœur, qu'elle décida, contre toute évidence, d'attribuer à la course sous la pluie.
Chapitre 2
Le Dîner
Sa chambre était au second, sous les combles, une pièce immense aux poutres apparentes, dominée par un lit à baldaquin tendu de velours bordeaux. Une cheminée de pierre crépitait déjà, comme si on l'avait attendue. Une carafe d'eau, une coupe de fruits, une note manuscrite sur la commode : Si vous avez besoin de quoi que ce soit, tirez le cordon. A.V.
Elle laissa tomber son sac sur la bergère, ôta ses bottes mouillées, ses vêtements collés. Dans la salle de bain attenante — marbre veiné, robinetterie ancienne en laiton —, elle s'observa un long moment dans la glace piquée. Ses joues étaient roses du froid. Sa bouche, d'un dessin qu'elle avait toujours trouvé trop pleine, paraissait gonflée. Et ses yeux verts brillaient d'une fièvre qui n'avait rien à voir avec la pluie.
Trois jours, se dit-elle. Tu prends tes photos, tu fais ton entretien, tu t'en vas. Cet homme n'est pas un sujet, c'est un piège.
Elle se fit couler un bain brûlant, s'y glissa avec un soupir, et tenta, en vain, de ne pas penser à la manière dont il l'avait regardée. Comme on regarde une photographie qu'on a longtemps désirée, et qu'on tient enfin entre ses mains.
À huit heures précises, elle descendit. Elle avait choisi une robe simple, noire, en lainage fin, qui suivait sa taille sans insister. Pas de bijoux, sauf une paire de petites perles aux oreilles. Ses cheveux roux relevés en chignon souple, quelques mèches échappées sur la nuque. Elle se voulait professionnelle. Elle ignora ce que cela disait d'elle, qu'elle eût pris vingt minutes pour le paraître.
La salle à manger était une longue pièce voûtée, éclairée seulement par les chandeliers de la table et le feu d'une cheminée monumentale. Voss l'attendait debout, près du buffet, un verre à la main. Il avait changé de chemise — blanche, ouverte sur la gorge, manches roulées. La lumière des flammes dessinait sur son visage des reliefs qu'elle aurait voulu photographier sur-le-champ : la ligne de la mâchoire, le creux sous la pommette, l'ombre des cils.
— Vin ?
— S'il vous plaît.
Il versa, sans la quitter des yeux. Le rouge tomba dans le cristal comme un fil de sang. Il lui tendit le verre, et leurs doigts, encore, se touchèrent. Cette fois, il s'attarda d'un dixième de seconde — assez pour qu'elle le sache, pas assez pour qu'elle puisse le lui reprocher.
— À votre reportage, dit-il.
— À votre coopération.
— Je n'ai jamais dit que je coopérerais.
— Vous m'avez fait venir.
— Ce n'est pas la même chose.
Ils prirent place. Une madame Charvet silencieuse, en tablier noir, servait des plats d'une élégance austère : un velouté de châtaignes, un filet de canard aux figues, un gratin dauphinois fondant. Tout était parfait. Tout, sauf l'air entre eux, qui s'épaississait à chaque parole.
— Vous photographiez les ruines, dit-il enfin.
— Les lieux abandonnés. Les demeures qui ont perdu leurs habitants.
— Pourquoi ?
Elle hésita. C'était la question qu'on lui posait toujours, et à laquelle elle répondait toujours par une banalité. Mais sous ce regard-là, le mensonge lui paraissait grossier.
— Parce qu'ils n'ont plus rien à cacher. Les pierres parlent quand on les laisse seules.
— Ce manoir n'est pas abandonné.
— Non.
— Et moi, je n'ai pas l'intention de me laisser photographier seul.
Le ton n'avait pas changé. Mais quelque chose, dans la chute de la phrase, l'avait fait rougir. Elle but une gorgée de vin pour cacher le feu qui lui montait au cou.
— Vous avez peur que je voie quelque chose ? demanda-t-elle.
— J'ai peur, mademoiselle, que vous voyiez exactement ce qu'il faut voir. Et que vous ne sachiez pas, ensuite, qu'en faire.
Le silence qui suivit était un silence dense, plein. Dehors, le tonnerre roula longuement. Un éclair illumina la pièce d'un blanc cru, et pendant cette seconde, elle vit Voss tel qu'il devait être en plein jour, sans flatterie de chandelle : un homme magnifique et terrifiant, dont la beauté avait quelque chose de presque cruel. Puis la lumière revint à l'or des bougies, et l'illusion fut rendue à sa douceur.
— Vous me faites peur, monsieur Voss ? hasarda-t-elle, avec un demi-sourire qu'elle voulut crâne.
Il posa son verre. Très lentement. Il la regarda. Très longtemps.
— Pas encore, dit-il.
Chapitre 3
Les Règles
Après le dîner, il l'emmena dans la bibliothèque. Une pièce immense, deux étages de rayonnages d'acajou, une échelle de bois sur un rail de laiton, un globe terrestre dans un coin, deux fauteuils de cuir devant l'âtre. Elle s'attendait à ce qu'il prenne le fauteuil. Il resta debout, près du feu, le coude appuyé à la cheminée, son verre de cognac à hauteur du visage.
— Posez vos règles, dit-elle, puisque vous y tenez.
— Bien. Vous pouvez photographier les pièces de réception. La bibliothèque, la salle à manger, le grand salon. Pas les chambres. Pas l'aile est.
— Pourquoi pas l'aile est ?
— Parce que c'est ma règle.
Elle pinça les lèvres. Elle nota mentalement : Aile est. C'était toujours ce qu'on défendait qui était intéressant.
— Et vous ? Quand puis-je vous photographier ?
— Vous ne pouvez pas.
— Alors quel est l'intérêt ?
Il leva les yeux. La lumière du feu y faisait danser des éclats d'or sur le bleu d'acier.
— L'intérêt, mademoiselle Saint-Clair, c'est que vous croyez, comme tous les autres, que photographier un homme, c'est le prendre. Or on ne prend rien à un homme avec un objectif. On lui prend des choses autrement.
— Comment ?
Il sourit, à peine.
— Si je vous le disais, je vous rendrais service. Et je n'ai pas l'habitude de rendre service aux femmes qui sont venues chez moi me déshabiller.
Elle eut un petit rire — un peu trop sec.
— Je ne suis pas venue vous déshabiller.
— Si. Métaphoriquement. C'est votre métier. Vous déshabillez les murs, les meubles, les hommes. Vous trouvez l'os sous la pierre. C'est pour cela que j'ai accepté.
— Et qu'attendez-vous, alors ?
Il prit son temps. Il fit tourner le cognac dans son verre, regarda les reflets ambrés.
— Que nous voyions, dit-il enfin, lequel des deux tient le plus longtemps.
Elle sentit son ventre se contracter, doucement. Pas de peur. Pas tout à fait.
Dehors, la tempête redoubla. Une rafale de vent fit claquer un volet quelque part à l'étage. Les lampes vacillèrent, le lustre eut un sursaut, et brusquement, tout s'éteignit. Le feu, seul, demeura. Toute la bibliothèque fut soudain rouge et noire, et Voss devint une silhouette aux contours d'incendie.
— L'électricité saute souvent, ici, dit-il sans bouger. Madame Charvet vous montera des bougies.
— Je ne crains pas le noir.
— On crie cela jusqu'à ce qu'on l'éprouve.
Il se redressa, vint à elle. Il s'arrêta à un pas. Si elle avait tendu la main, elle aurait touché sa chemise. Elle ne tendit pas la main. Elle leva les yeux. Il était plus grand qu'elle d'une tête.
— Bonne nuit, mademoiselle Saint-Clair, dit-il.
Et avant qu'elle n'ait répondu, il s'inclina — légèrement, à peine — et sortit.
Elle resta seule devant le feu. Sa peau brûlait. Elle s'aperçut, en posant son verre, que sa main tremblait.
Chapitre 4
Les Frôlements
La nuit fut courte. Le vent hurlait dans les cheminées comme une bête, et les pensées d'Éléonore tournaient dans sa tête avec la même furie. À l'aube — une aube qui n'en était pas une, le ciel restant d'un gris d'ardoise —, elle se leva, s'habilla d'un jean et d'un gros pull beige, et descendit son matériel.
Voss n'était pas là. Madame Charvet servit le café dans la véranda. Du matériel partout : Éléonore monta son Leica, vérifia ses objectifs, ses pellicules — elle travaillait encore à l'argentique pour les reportages d'atmosphère. Elle aimait le grain, le temps de pose long, l'incertitude. Elle aimait ne pas savoir tout de suite.
Elle photographia la bibliothèque. Le globe. La cheminée éteinte, ses cendres encore tièdes. Les tranches dorées des livres dans la pénombre. Les fauteuils de cuir où la trace du corps de Voss semblait encore creusée. Elle photographia le grand salon, le piano à queue, un Pleyel ancien dont l'ivoire avait jauni. Elle photographia la salle à manger vide, le velouté du dossier d'une chaise, l'éclat d'un couteau oublié.
Tout au long, elle sentit son absence comme on sent une présence. Le manoir était plein de lui, jusque dans son silence.
Vers midi, elle s'aventura dans un couloir qu'elle n'avait pas vu. Une longue galerie où pendaient des portraits — des Voss, sans doute, génération après génération, hommes graves aux yeux pâles, femmes aux mains croisées. Elle s'arrêta devant l'un d'eux : un homme du siècle dernier, qui ressemblait à Alexandre à s'y méprendre. Mêmes yeux. Même bouche. Mais quelque chose, dans le regard, de plus tendre.
— Mon grand-père.
Elle sursauta. Il était derrière elle. Elle ne l'avait pas entendu venir. Sur le tapis épais, ses pas étaient un secret.
— Vous lui ressemblez.
— On me le dit.
— Pas tout à fait, pourtant.
— Non.
Il s'avança. Il vint se placer à côté d'elle, très près, plus près que nécessaire. Elle sentit la chaleur de son bras à travers le pull. Le parfum de cuir et de fumée tiède, encore. Une note de bergamote, cette fois, qu'elle n'avait pas remarquée la veille.
— Vous l'aimiez ? demanda-t-elle, à voix basse, comme on parle dans une église.
— Beaucoup.
— Et il vous a appris quoi ?
— Le silence.
Elle tourna la tête. Il regardait le portrait, pas elle. Mais elle vit la ligne de son profil, la pulsation à la base de la gorge, là où la chemise s'ouvrait. Elle eut soudain envie d'y poser les doigts. Un instant pur, vertigineux, qui passa comme un vent. Elle se détourna.
— Et vous, dit-il, sans se retourner, qui vous a appris à fuir ?
Elle se figea.
— Pardon ?
— Vous fuyez quelque chose. Vos photos ne montrent que des lieux vides. Personne n'y est jamais. Vous photographiez l'absence des autres parce que vous ne supportez pas la vôtre.
Elle ouvrit la bouche, la referma. Il avait dit cela calmement, sans cruauté, comme on énonce un fait scientifique. Et c'était la vérité. Une vérité dont aucun amant, aucun ami, aucun thérapeute n'avait jamais approché la porte.
— Vous ne me connaissez pas, dit-elle.
— Pas encore.
Il tourna alors la tête. Leurs yeux se croisèrent, et le couloir bascula. Le portrait, la lumière grise des fenêtres, les pas lointains de madame Charvet — tout s'effaça. Il n'y eut plus que cette eau bleue immobile, et elle qui s'y noyait.
Puis il sourit — un vrai sourire, cette fois, fugitif — et il s'éloigna.
— Le déjeuner est servi, dit-il par-dessus son épaule.
Elle resta dans le couloir, son Leica au bout du bras, et elle s'aperçut qu'elle avait cessé de respirer.
L'après-midi se passa dans une sorte de brouillard. Ils se croisèrent trois fois. Une fois dans l'escalier — il descendait, elle montait, et il s'effaça contre le mur pour la laisser passer, mais l'espace était étroit, et son bras frôla sa hanche, et il ne s'excusa pas. Une fois dans la cuisine — il était venu chercher un verre d'eau, et il la trouva en train de boire le sien, et il s'arrêta sur le seuil, la regarda longuement, sans rien dire, puis il fit demi-tour.
Une fois enfin dans la véranda, où elle développait des planches contact ; il entra, prit un livre sur l'étagère, s'assit dans un fauteuil, ne lut pas. Il la regarda travailler. Elle sentit ce regard sur sa nuque pendant une heure entière. Elle ne se retourna pas une seule fois. Mais quand il sortit, sans un mot, elle posa son crayon et s'aperçut que ses cuisses tremblaient.
Au dîner, ils parlèrent peu. Une bouteille de châteauneuf, un agneau aux herbes, une tarte aux noix. Mais sous la table, à un moment, leur pied se touchèrent — accident ? — et aucun ne retira le sien pendant trois battements de cœur. Elle releva les yeux. Il la regardait par-dessus son verre. Il ne sourit pas. Mais quelque chose, dans son regard, lui dit : Je le sais. Je sais ce qui est en train de se passer. Et je prends mon temps.
Chapitre 5
Le Pas Devant la Porte
Elle ne s'endormit pas. À onze heures, à minuit, à une heure, elle était toujours là, couchée sur le dos dans le grand lit, à fixer la pénombre des poutres. Le feu était bas, à peine quelques braises rouges palpitant comme un cœur fatigué. La tempête s'était calmée un peu, mais la pluie n'avait pas cessé : elle frappait les vitres avec un bruit doux et obstiné, monotone, qui aurait dû la bercer et qui, au contraire, lui tenait les nerfs en alerte.
Elle pensait à lui. Elle pensait à ses mains. Elle s'était surprise, au dîner, à les regarder. Des mains longues, soignées, mais aux articulations larges. Pas des mains d'homme oisif. Des mains qui avaient saisi des choses, écrit, peut-être frappé. Des mains qui sauraient — l'image vint sans qu'elle l'invite — comment ouvrir une femme.
Elle ferma les yeux. Elle souffla. Elle pensa : Tu es ridicule. Et puis elle entendit le pas.
Un pas lent, dans le couloir. Le craquement caractéristique d'une lame de parquet, la troisième en partant du bout — elle l'avait noté en arrivant, par déformation professionnelle. Le pas s'approcha. Sa chambre était la dernière du couloir. Le pas allait passer devant elle. Il passa.
Et il s'arrêta.
Une seconde. Deux. Trois. Cinq.
Elle ne respirait plus. Elle imaginait sa silhouette immobile derrière la porte, à dix centimètres du bois. Elle imaginait sa main peut-être levée. Le verrou, elle ne l'avait pas tiré. Pourquoi ne l'avait-elle pas tiré ? La poignée, vieille, en porcelaine peinte, attendait dans le noir. Il suffisait d'un geste.
Elle sentit son sang battre dans son cou, dans ses tempes, plus bas. Beaucoup plus bas. Une chaleur s'était installée entre ses cuisses, lente, lourde, presque embarrassante par sa franchise. Sous le drap, sans qu'elle s'en aperçoive vraiment, sa main avait glissé sur son ventre.
Le pas reprit. S'éloigna. Une porte s'ouvrit, plus loin. Se referma. Le silence revint.
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