Piégés entre deux étages
- 26 mai
- 23 min de lecture
Dernière mise à jour : 13 juin

Chapitre 1
La mauvaise personne au mauvais moment
L'ascenseur sentait le cuir chaud et l'ambition froide.
Élise Moretti entra dans la cabine à 22h47, ses talons claquant sur le marbre du hall avec cette précision chirurgicale qui lui servait d'armure. Elle portait encore sa veste de tailleur anthracite — col ajusté, boutons dorés — malgré les douze heures déjà avalées par ce mardi sans pitié. Son attaché-case cognait contre sa cuisse. Elle avait dans la tête trois cents pages d'un dossier d'expropriation illégale et la certitude absolue d'être la seule personne encore vivante dans cet immeuble de verre et d'acier du boulevard René-Lévesque.
Elle avait tort.
La porte allait se refermer quand une main — large, bronzée, portant une Rolex avec l'élégance d'un homme qui n'a jamais eu besoin de la montrer — se glissa dans l'interstice.
— Moretti.
Une syllabe. Trois voyelles. Et pourtant une façon de prononcer son nom qui ressemblait à une déclaration de guerre douce.
Elias Kane entra dans l'ascenseur comme il entrait dans une salle d'audience : en propriétaire. Costume bleu nuit, cravate desserrée d'exactement deux centimètres — suffisamment pour suggérer la fin de journée sans jamais cesser d'être impeccable. Il tenait son manteau replié sur un bras, un dossier sous l'autre. Ses yeux gris — ce gris particulier des ciels de novembre juste avant la tempête — glissèrent sur elle avec la désinvolture calculée d'un homme qui remarque tout et feint de ne rien remarquer.
— Kane, dit-elle.
Elle ne dit rien d'autre. Elle n'avait pas besoin d'en dire davantage. Cinq ans de coexistence hostile dans les prétoires et les couloirs du même cabinet d'avocats associés — pas dans le même pôle, pas dans les mêmes affaires, mais dans les mêmes réunions, les mêmes ascenseurs justement, les mêmes pots de départ où ils s'évitaient comme deux aimants retournés — avaient établi une grammaire commune. Minimaliste. Efficace. Glaciale.
Il appuya sur le bouton du parking souterrain. Elle remarqua qu'il avait déjà appuyé sur le 18 — son étage. Elle était au 21.
L'ascenseur commença à monter.
Pendant sept secondes, il n'y eut que le silence mécanique de la cabine, le bourdonnement feutré des câbles, et la conscience aiguë qu'ils étaient à quatre-vingt centimètres l'un de l'autre dans un espace qui n'en demandait pas davantage.
— Encore au bureau à cette heure-ci, dit Kane sans regarder les portes. La vie civile est donc si palpitante.
— Infiniment plus que de passer ses nuits à construire des défenses pour des hommes coupables.
— Présumés coupables. C'est le fondement du droit. Vous devriez peut-être le relire.
— Et vous devriez peut-être arrêter de citer les fondements du droit à une avocate qui les connaît mieux que vous ne connaissez votre miroir.
Il tourna la tête vers elle. Lentement. Ce mouvement particulier — tête légèrement inclinée, coin des lèvres relevé d'un millimètre à peine — qu'elle haïssait parce qu'il signifiait qu'il la trouvait amusante. Comme si elle était un adversaire de qualité suffisante pour mériter son attention mais pas sa crainte.
— Vous avez gagné le Beaumont aujourd'hui, dit-il.
— Je sais.
— Félicitations.
Elle le regarda. Il ne souriait pas. Il n'était pas sarcastique non plus, ce qui était presque pire.
— Vous étiez dans la salle ?
— Non. Mais Tremblay m'en a parlé. Il paraît que vous avez démoli le témoin expert en quatorze minutes.
— Douze.
— Douze, répéta-t-il, et dans sa voix il y avait quelque chose — une nuance, infime, comme le changement de lumière à la lisière entre le soir et la nuit — qui ressemblait à de l'admiration vraie.
Élise ne sut pas quoi faire de ça. Elle préférait son arrogance. Son arrogance, elle savait comment la démonter.
Ce fut exactement à ce moment — entre le 18e et le 19e étage, à 22h51 un mardi de novembre — que toutes les lumières s'éteignirent.
Chapitre 2
L'obscurité et ses premières règles
La panne ne ressembla pas à une panne.
Elle ressembla à une main gigantesque qui aurait, en une fraction de seconde, effacé le monde.
L'ascenseur s'immobilisa avec une légère secousse — pas violente, presque douce, la façon dont une décision irrévocable se pose parfois sur vous — et la lumière principale mourut d'un coup, remplacée après deux secondes d'obscurité totale par le halo orangé et anémique de l'éclairage de secours. Une ampoule. Quelque part dans le plafond. Suffisamment pour dessiner des ombres, pas suffisamment pour lire.
Élise avait déjà sorti son téléphone.
— Pas de réseau, dit-elle.
— Je vois, dit Kane.
Il avait, lui aussi, son téléphone en main. Leurs deux écrans éclairaient la cabine d'une lumière bleutée, froide, qui leur donnait l'air de survivants dans un film de catastrophe. L'image aurait été absurde s'il n'y avait pas eu, déjà, cette chaleur — l'ascenseur avait perdu sa ventilation avec le reste, et l'air commençait à se remembrer, à s'épaissir légèrement, à porter l'odeur de leurs deux présences.
Kane appuya sur le bouton d'alarme. Un son retentit, quelque part dans les murs, lointain et peu convaincant.
— Interphone ? dit Élise.
Il essaya. Rien. Le silence des systèmes morts.
— Panne générale, dit-il. Pas juste l'ascenseur.
— Je l'avais déduit, merci.
Elle rangea son téléphone — économiser la batterie — et posa son attaché-case contre la paroi. Puis elle croisa les bras et considéra la situation avec le pragmatisme méthodique qu'elle appliquait aux problèmes juridiques insolubles : identifier les variables, accepter celles qu'on ne contrôle pas, optimiser celles qu'on peut.
Variable incontrôlable numéro un : la panne. Variable incontrôlable numéro deux : Elias Kane, à quatre-vingt centimètres d'elle dans une cabine d'ascenseur de deux mètres carrés.
— Vous avez de l'eau ? demanda-t-elle.
— Non. Vous ?
— Non.
Il posa son manteau sur le sol — un geste fluide, sans façon — et s'assit dessus, dos contre la paroi du fond, jambes étendues, comme s'il avait décidé que cette situation allait durer et autant s'y installer correctement. Élise le regarda faire avec une irritation mêlée d'une admiration qu'elle refusa d'analyser. Il y avait quelque chose de profondément agaçant dans la façon qu'avait Elias Kane de s'adapter. Il ne résistait jamais aux circonstances. Il les absorbait, les redéfinissait, et en ressortait avec l'air d'avoir tout prévu.
— Vous pouvez vous asseoir, Moretti. On va être là un moment.
— Je suis parfaitement capable de rester debout.
— Personne n'en doute. Mais vos talons ne vous feront aucune grâce dans quatre heures.
Elle resta debout pendant exactement vingt-trois minutes. Puis elle retira ses chaussures — avec une dignité absolue, sans un mot — et s'assit contre la paroi latérale, jambes repliées, jupe de tailleur tirée sur les genoux.
Kane ne dit rien. Ce silence-là, elle le haïssait aussi.
Chapitre 3
La chaleur comme premier aveu
À minuit passé, la cabine avait changé de nature.
Elle n'était plus un espace mécanique en panne. Elle était devenue un lieu clos, organique, habité. La chaleur de leurs deux corps avait remplacé la climatisation défaillante et l'air n'était plus neutre — il portait le parfum de Kane, cette note boisée et poivrée qu'Élise avait appris à reconnaître dans les couloirs sans jamais s'en avouer la raison, mêlée à son propre parfum à elle, plus floral, plus discret, que la chaleur avait commencé à libérer différemment.
Elle avait retiré sa veste. Kane avait fait de même avec la sienne, il y avait longtemps, et ses avant-bras — nus jusqu'au coude, chemise aux manches retroussées — captaient la faible lumière orangée avec une précision gênante.
Ils parlaient.
C'était là l'étrangeté fondamentale de la situation : pour passer le temps, ils parlaient. Pas d'abord de choses importantes. D'abord de l'immeuble, de la panne, du syndic de copropriété probablement endormi quelque part. Puis, par glissements imperceptibles — parce que deux avocats intelligents dans une cage n'allaient pas pouvoir longtemps rester à la surface des choses — la conversation avait commencé à mordre.
— Le dossier Fontaine, dit Kane à un moment. Vous étiez sur le côté adverse.
— Il y a trois ans. Oui.
— Vous avez failli. Sur la clause de préemption.
Élise tourna la tête vers lui. Dans la lumière pauvre, son regard était difficile à lire mais elle n'allait pas lui laisser ce luxe.
— J'ai gagné, Kane.
— Par deux millimètres. Beaumont était meilleur juge ce soir-là que vous n'étiez avocate.
— Et pourtant, dit-elle avec une douceur très froide, j'ai gagné. Ce qui signifie que mes deux millimètres valaient mieux que vos cinq mètres d'arrogance.
Il la regarda. Et cette fois il sourit — vraiment, pas le demi-sourire calculé, un sourire qui modifiait légèrement la ligne de sa mâchoire et creusait un pli au coin de l'œil gauche — et Élise sentit quelque chose se contracter bas dans son ventre avec la fidélité d'un réflexe conditionné qu'elle maudissait.
— Vous avez une excellente mémoire, dit-il.
— Je me souviens de tout ce que j'aurais pu perdre.
— C'est une façon de vivre épuisante.
— C'est une façon de ne jamais perdre.
Il y eut un silence. Pas inconfortable — c'était ça le problème. Le silence entre eux avait cessé, à un moment imperceptible, d'être hostile. Il était devenu autre chose. Quelque chose de plus dangereux que l'hostilité.
Kane bougea — légèrement, pour changer de position — et son genou effleura le sien. Ni l'un ni l'autre ne le mentionna. Ni l'un ni l'autre ne bougea.
La chaleur dans la cabine avait encore progressé.
Élise ne bougeait pas son genou.
— Pourquoi vous haïssez-vous autant le pénal ? demanda-t-il.
— Je ne hais pas le pénal. Je refuse la rhétorique du pénal. L'idée qu'un bon plaideur peut construire une réalité alternative et faire acquitter un homme dont la culpabilité ne fait aucun doute.
— La vérité judiciaire n'est jamais la vérité absolue.
— Vous dormez bien avec ça ?
— Comme un enfant, dit-il. Parce que je crois au système plus que vous ne le pensez. Je crois que l'accusation a le devoir d'être irréfutable. Et que si elle ne l'est pas, alors l'acquittement est juste.
— C'est une belle théorie.
— Vous en avez une meilleure ?
Elle le regarda longuement. La lumière orangée découpait son visage en angles que le jour rendait moins évidents — le plan fort des pommettes, la ligne nette de la mâchoire, quelque chose d'un peu dur et d'un peu vulnérable dans la façon dont il la regardait en attendant sa réponse.
— Non, dit-elle enfin. Pas ce soir.
Ce fut peut-être la première concession vraie qu'elle lui avait faite en cinq ans.
Chapitre 4
Friction
Il était environ deux heures du matin quand la chose se déplaça.
Élise ne saurait pas identifier le moment exact. Il n'y avait pas eu d'événement déclencheur, pas de geste intentionnel, rien qui aurait pu se défendre ou s'expliquer. Il y avait eu la chaleur — maintenant suffocante, réelle, qui avait défait le dernier bouton de la chemise de Kane et posé sur la clavicule d'Élise une pellicule ténue de transpiration — et il y avait eu la fatigue, et la faim légère, et l'espace.
L'espace réduit qui les avait amenés, par ajustements successifs et apparemment anodins, à n'être plus qu'à une trentaine de centimètres l'un de l'autre.
Kane avait allongé les jambes. Élise avait étendu les siennes dans la direction opposée, puis avait dû légèrement pivoter pour ne pas être à l'étroit, et ce pivot l'avait amenée à lui faire face plus directement, et à remarquer — sans pouvoir ne pas le remarquer, dans cette lumière confidentielle — que le tissu de sa chemise, ouvert sur deux boutons maintenant, laissait deviner la ligne du sternum, une naissance de poitrine légèrement couverte d'une ombre de poils sombres, et que tout cela était extrêmement concret et extrêmement proche.
Il avait remarqué qu'elle regardait.
Elle avait remarqué qu'il avait remarqué.
— Moretti.
— Kane.
Leurs voix avaient changé. Ce n'était pas spectaculaire — pas comme au cinéma, pas avec un tremblement ou une brisure. C'était plus subtil. Une légère perte d'altitude dans le registre de sa voix à lui. Une légère perte de tranchant dans la sienne.
— Vous pensez à quoi, là ? demanda-t-il.
— À rien qui vous concerne.
— À mon procès Dallaire de la semaine prochaine, peut-être ? On m'a dit que vous aviez consulté le greffe pour le dossier civil en parallèle.
— Travail de routine.
— Vous vérifiez ce que je fais.
— Je surveille les intersections. C'est différent.
— C'est exactement pareil, dit-il. Et vous le savez.
Il s'était légèrement avancé — ou elle s'était légèrement approchée, ou les deux, ou ni l'un ni l'autre et c'était simplement la chaleur qui rétrécissait l'espace — et maintenant ils étaient à une vingtaine de centimètres. Elle pouvait voir distinctement le gris de ses yeux, même dans cette lumière, et la façon dont ils la regardaient avec cette attention particulière, totale, que Kane réservait d'ordinaire aux témoins qu'il souhaitait briser.
Sauf que ceci ne ressemblait pas à de la prédation.
Ceci ressemblait à de la faim.
— Vous avez chaud ? dit-il.
— Évidemment. Vous aussi.
— Oui. Mais vous, vous avez le genre de chaud qui... — il marqua une pause, une pause brève et précise comme une incision — qui change la couleur de votre peau.
Elle n'allait pas lui demander ce qu'il voulait dire. Elle savait ce qu'il voulait dire. Elle sentait elle-même la chaleur qui avait migré de ses joues à sa gorge et plus bas, qui n'avait plus rien à voir avec la température de la cabine.
— Vous devriez faire attention à ce que vous dites, Kane.
— Je fais toujours très attention à ce que je dis. C'est mon métier.
— Alors faites attention à en choisir d'autres.
— Pourquoi ?
La question était posée avec un calme absolu. Pas provocateur. Vraiment curieux. Et c'était cette curiosité sincère, après cinq ans de guerre de positions, qui défit quelque chose dans la poitrine d'Élise.
— Parce que, dit-elle, très lentement, si vous continuez dans cette direction, je ne sais pas ce qui se passe.
— Si. Vous savez exactement ce qui se passe.
Il avait raison. Elle savait. Elle savait depuis — depuis combien de temps ? Depuis le premier couloir, peut-être. Depuis la première réunion de cabinet où elle avait vu Kane démolir un argument adverse avec une précision d'horloger et avait ressenti, à côté de l'irritation professionnelle, quelque chose de tout à fait différent qu'elle avait immédiatement rangé dans une armoire fermée à clé.
L'armoire venait d'ouvrir toute seule.
Kane leva la main — lentement, suffisamment lentement pour qu'elle puisse l'arrêter — et effleura de deux doigts la ligne de sa mâchoire. Pas un geste de possession. Un geste de question.
Élise ne l'arrêta pas.
Sa peau était brûlante sous ses doigts, brûlante et douce, et il resta là, ces deux doigts contre sa mâchoire, pendant ce qui lui parut être une durée hors du temps normal.
— Élise, dit-il.
Son prénom dans sa bouche était une chose entièrement nouvelle. Il n'avait jamais dit son prénom. Il avait toujours dit Moretti, toujours ce nom de famille comme une adresse professionnelle, et maintenant il disait Élise et c'était une invasion douce et totale.
— Ne faites pas ça si vous n'êtes pas certain, dit-elle.
— Je suis rarement incertain.
— Arrogant jusqu'au bout.
— Toujours, dit-il. Et pourtant vous ne partez pas.
— Je n'ai nulle part où aller.
— Vous n'avez jamais nulle part où aller, Élise. Vous choisissez où vous restez.
Elle le regarda. La lumière orangée. La chaleur. Le bruit de leurs deux respirations dans le silence de l'ascenseur immobile. Et la vérité absolue de ce qu'il venait de dire.
Elle posa sa main sur sa chemise. Paume à plat, sur sa poitrine, juste au-dessus du sternum. Elle sentit son cœur — rapide, pas aussi composé qu'il le laissait paraître — et quelque chose en elle se détendit comme un câble trop longtemps tendu.
— D'accord, dit-elle. Très bien.
Chapitre 5
Le premier feu
Il la embrassa comme il plaidait : sans hésitation et avec une précision totale.
Ses lèvres sur les siennes n'étaient pas douces — pas brutales non plus — elles étaient exactes, comme s'il avait su depuis longtemps exactement comment il l'embrasserait si l'occasion se présentait et avait simplement attendu. Élise eut une fraction de seconde de résistance — réflexe pur, mémoire musculaire de cinq ans de défense — et puis elle rendit le baiser avec une intensité qui la surprit elle-même.
Elle avait les doigts dans sa chemise. Lui avait une main dans ses cheveux — défaits maintenant, le chignon avait capitulé il y avait une heure — et l'autre à sa taille, et leurs deux corps se rapprochaient dans l'espace minuscule avec la logique implacable de deux choses qui ont trop longtemps résisté à leur propre gravité.
— Depuis combien de temps ? murmura-t-elle contre sa bouche.
— Trop longtemps.
— Soyez précis. Vous êtes avocat.
Il rit — un vrai rire, bas, chaud, contre sa joue — et c'était la première fois qu'elle l'entendait rire vraiment et c'était dévastateur.
— Trois ans, dit-il. Le procès Fontaine. Quand vous avez regardé le juge pendant votre plaidoirie comme si vous étiez la seule personne dans la salle qui comprenait vraiment ce qui se jouait.
— Et vous ?
— Moi quoi ?
— Vous étiez dans la salle.
— J'observais le camp adverse.
— Vous m'observiez.
Il répondit en l'embrassant à nouveau — plus profondément cette fois, et sa main dans ses cheveux tira légèrement pour renverser sa tête en arrière, exposer sa gorge, et sa bouche glissa de ses lèvres à sa mâchoire, à la ligne de son cou, sur la peau qui sentait son parfum et la chaleur et quelque chose de plus fondamental, plus nu.
Elle laissa sa tête aller en arrière. Ce n'était pas une capitulation — c'était un choix, pleinement conscient, délibéré, et la nuance importait. Elle choisissait ceci. Elle choisissait Elias Kane, dans cet ascenseur, cette nuit, avec toute la lucidité d'une femme qui sait exactement ce qu'elle fait et décide de le faire quand même.
Sa bouche sur son cou était lente, précise, apprise — il prenait le temps d'apprendre, de sentir où sa respiration se modifiait, où ses doigts se crispaient sur sa chemise davantage — et elle détestait à quel point il était bon à ça aussi.
— Vous êtes meilleur que prévu, dit-elle.
— Vous êtes surprise ?
— Légèrement.
— Je suis blessé.
— Non vous ne l'êtes pas.
— Non, admit-il contre sa gorge. Je ne le suis pas.
Il recula juste assez pour la regarder. Dans la faible lumière, ses cheveux défaits sur ses épaules, la teinte rosée que la chaleur et le désir avaient posée sur ses joues et sa gorge, elle avait l'air d'une femme entièrement différente de l'avocate cuirassée qu'il croisait dans les couloirs. Pas moins forte. Différemment forte. Et c'était vertigineux.
— Élise, dit-il à nouveau — et cette façon qu'il avait de prononcer son prénom maintenant, basse et délibérée, comme un outil de précision.
— Arrêtez de dire mon prénom comme ça.
— Comme ça comment ?
— Comme si c'était un argument.
Il sourit — ce sourire qui déposait un pli au coin de son œil gauche — et ses mains descendirent à sa taille, glissèrent sous le bord de sa blouse, et trouvèrent sa peau.
Élise retint son souffle.
Ses paumes à lui étaient chaudes — plus chaudes encore que l'air de la cabine — et larges, et elle sentit ses pouces tracer deux lignes lentes sur ses flancs, remontant vers ses côtes avec une patience qui était presque de la cruauté.
— Vous aimez prendre votre temps, dit-elle. C'est de la tactique.
— C'est du plaisir, dit-il simplement. Vous connaissez ?
— Je vais vous en donner ma propre définition.
Elle défit les boutons restants de sa chemise avec une efficacité qui lui arracha un son bas — pas tout à fait un rire, pas tout à fait un soupir — et posa les mains sur sa poitrine nue. Il était athlétique sans ostentation, avec cette musculature dense des hommes qui font du sport comme ils font tout le reste, régulièrement et sans en faire une identité. Elle sentit ses abdominaux se contracter sous ses doigts quand elle les fit descendre.
— Moretti, dit-il, et dans sa voix il y avait maintenant une fêlure infime.
— Vous préférez Élise ou Moretti dans ces circonstances ? demanda-t-elle très sérieusement.
— Les deux, dit-il. Alternativement.
Elle rit. Elle ne voulait pas rire — le rire était une intimité supplémentaire dans une situation déjà pleine de brèches — mais elle rit, et lui avec elle, et ils étaient très proches maintenant, leurs fronts presque joints, leurs souffles mêlés dans la chaleur de la cabine.
— On ne peut pas faire comme si ça n'a pas eu lieu, demain, dit-elle. Pas nous deux.
— Je sais, dit-il.
— Et vous voulez quand même.
— Je veux depuis trois ans. Un ascenseur bloqué n'a pas vraiment changé l'équation.
Elle le regarda. Longtemps. Cherchant le calcul, la stratégie, la manœuvre — parce que Kane était toujours en train de calculer quelque chose. Elle ne trouva rien de tel. Elle trouva uniquement un homme qui la regardait avec une intensité dépouillée de toute défense.
— Très bien, dit-elle pour la deuxième fois de la nuit.
Et cette fois, ce fut elle qui l'embrassa.
Chapitre 6
Ce que le désir ressemble à de la colère
Ce qu'il y avait entre eux au début ressemblait à de la colère.
Une colère chaude, précise, charnelle — la libération de cinq ans de friction canalisée en quelque chose de physique et d'immédiat. Ils se touchaient avec une urgence qui n'était pas tendre, pas encore, qui était plutôt la façon dont deux forces longtemps opposées se heurtent quand elles changent de direction.
Sa blouse rejoignit sa veste sur le sol. Il en avait défait les boutons avec une lenteur délibérée qui l'avait rendue à moitié folle, ses doigts s'attardant entre chaque sur le tissu, et quand il l'avait ouverte sur son soutien-gorge en dentelle ivoire, il l'avait regardée avec une attention silencieuse et totale qui valait tous les compliments du monde.
— Ne dites rien, dit-elle.
— Je ne disais rien.
— Vous regardiez d'une façon qui dit quelque chose.
— Si vous pouvez lire mes regards maintenant, Élise, c'est qu'on a perdu beaucoup de temps.
Elle agrippa sa chemise — l'attira par le col, fit tomber le tissu de ses épaules — et ses mains remontèrent sur son torse, sur ses épaules, dans ses cheveux, et elle l'embrassa avec toute l'intensité de ce temps perdu, de ces cinq ans de corridors froids et de regards acérés et de cette tension qui avait couru sous chaque échange professionnel comme un courant sous la glace.
Il répondit à tout. Il répondait à elle avec une présence totale, ses mains toujours en mouvement, apprenant sa géographie — la courbe de sa taille, la ligne de ses omoplates, la naissance de sa nuque — avec la même attention méticuleuse qu'il portait aux dossiers complexes. Et cette idée — qu'il l'apprenait comme il apprenait un cas, avec le désir de comprendre chaque détail — était inexplicablement et profondément érotique.
Il l'assit contre la paroi, debout devant elle, et sa bouche descendit sur sa gorge, sur sa clavicule, sur la dentelle de son soutien-gorge qu'il fit glisser avec deux doigts. Ses lèvres trouvèrent son sein — lèvres, puis langue, puis les dents légèrement — et Élise ferma les yeux et appuya la nuque contre la paroi froide de l'ascenseur, le contraste entre le métal frais derrière elle et la chaleur brûlante de sa bouche sur elle créant quelque chose d'électrique.
— Kane, dit-elle.
— Elias, dit-il contre sa peau.
— Elias.
Le son de son prénom dans la bouche d'Élise Moretti — qui ne l'avait jamais appelé autrement que Kane en cinq ans — produisit en lui un effet qu'il ne chercha pas à analyser. Ses mains glissèrent à la fermeture de sa jupe, la trouvèrent, la défircèrent. Le tissu tomba. Ses mains remontèrent sur ses cuisses, lentement, et elle l'entendit expirer — ce souffle court, contrôlé, d'un homme qui retient quelque chose.
Elle l'aimait contrôlé. Elle aimait encore mieux la façon dont le contrôle craquait.
Ses doigts atteignirent la dentelle de sa culotte et s'y arrêtèrent. Sa tête se releva. Il la regarda — yeux de novembre, maintenant presque noirs dans la pénombre — et dit :
— Dis-moi ce que tu veux.
Le tu les prit tous les deux par surprise. Il n'y avait pas eu de décision consciente, pas de passage négocié vers l'abandon du vouvoiement — c'était arrivé seul, comme quelque chose de naturel qui attendait simplement le bon moment pour exister.
— Je pense que tu sais ce que je veux, dit-elle.
— Je veux t'entendre le dire.
— Elias.
— Élise.
— Tu es insupportable.
— Je sais. Dis-le quand même.
Elle le regarda droit dans les yeux — ce regard direct, sans concession, qu'elle réservait aux adversaires qui méritaient sa pleine attention — et dit :
— Touche-moi.
Il n'attendit pas davantage.
Ses doigts glissèrent sous la dentelle et la trouvèrent, et ce qu'il trouva — sa chaleur, son évidence, la façon dont son corps avait depuis longtemps pris sa propre décision — lui arracha un son bas dans la gorge. Il n'était plus du tout composé. Il explorait avec une précision qui était différente de la patience de tantôt — plus urgente, plus affamée — et Élise avait les épaules contre la paroi et les doigts crispés dans ses cheveux et les hanches qui cherchaient sa main.
— Depuis combien de temps ? dit-il à voix basse, rappelant sa propre question.
— Arrête de parler.
— Réponds d'abord.
Elle le regarda, les lèvres entrouvertes, la respiration défaite, et elle dit :
— Trop longtemps. Satisfait ?
— Pas encore.
Il fit descendre sa bouche sur son ventre, sur ses hanches, sur la dentelle qu'il fit glisser sur ses chevilles, et quand sa bouche la trouva elle laissa échapper un son qu'elle n'avait pas prévu — court, vif, presque malgré elle — et ses cuisses se refermèrent instinctivement autour de ses épaules.
Il prit son temps.
C'était la chose la plus intolérable et la plus précieuse qu'il aurait pu faire : prendre son temps, dans cet ascenseur qui avait perdu la notion des heures, et l'apprendre par là aussi, avec sa bouche, avec sa langue, avec l'attention absolue d'un homme qui n'a qu'un seul objectif et s'y consacre entièrement. Élise avait une main à plat sur la paroi pour garder l'équilibre et l'autre dans ses cheveux — elle n'était pas douce, elle tenait — et la chaleur montait en elle comme une marée qu'elle connaissait mais dont l'intensité ce soir-là était différente, augmentée de tout ce qui avait précédé, de cinq ans de résistance et de désir non dit.
Quand elle vint, ce fut avec un son qu'elle étouffa à moitié dans sa main, le front contre la paroi, les jambes à peine capables de la soutenir.
Il remonta le long de son corps. Se retrouva debout devant elle, les mains de chaque côté de sa tête contre la paroi, et elle le regarda — décoiffé, chemise depuis longtemps absente, les yeux d'un gris plus sombre que jamais — et elle dit :
— Viens là.
Chapitre 7
L'espace entre deux étages
L'espace était minuscule. Ils le redéfinirent.
Élise avait ses doigts à sa ceinture — qu'elle défit — et à son pantalon — qu'elle laissa tomber — et ses mains remontèrent sur lui avec la même curiosité précise qu'il avait eue pour elle, apprenant par le toucher dans la faible lumière ce que le regard ne pouvait que deviner. Il était contre elle entièrement, leurs deux peaux dans la chaleur de l'ascenseur, et elle sentait le poids de son désir, la certitude de ce qu'ils allaient faire, et cette certitude n'avait rien d'anxieux — elle était solide, brûlante, désirée.
— Tu as, dit-elle, et il comprit.
— Portefeuille, dit-il.
Il y avait quelque chose d'absurde et de parfaitement humain dans le fait qu'ils fouillaient son portefeuille dans un ascenseur bloqué au milieu de la nuit entre deux étages d'un immeuble de bureaux montréalais. Ni l'un ni l'autre n'en fit la remarque. Ni l'un ni l'autre ne sourit — ils étaient passé de l'autre côté de l'humour, dans ce territoire plus sérieux et plus fondamental.
Il la souleva.
Pas d'effort apparent — ce qui était, Élise devait le reconnaître intérieurement, absolument satisfaisant. Ses mains sous ses cuisses, son dos contre la paroi, et il était entre ses jambes et il la regardait avec cette intensité grave et il demanda une dernière fois, très bas :
— Élise.
— Oui, dit-elle. Oui.
Il entra en elle lentement — délibérément, offrant à tous les deux le temps d'absorber ce qui se passait, ce passage irréversible — et elle ferma les yeux et rouvrit la bouche sur un souffle. Il était immobile. Elle sentait leur deux cœurs — le sien, accéléré et chaud contre sa poitrine, le sien contre son cou où il avait posé la bouche.
Puis il bougea.
Lent d'abord — une lenteur qui était une forme de torture douce, d'affirmation que l'urgence pouvait attendre, que ce qui se passait méritait d'être habité pleinement. Elle avait les bras autour de son cou et les talons contre le bas de son dos et elle le suivait, ses hanches répondant aux siennes dans le rythme qu'ils inventaient ensemble, qui était à la fois nouveau et inévitable, comme si leurs corps avaient toujours su faire ça et n'attendaient que la permission.
— Elias, dit-elle contre son oreille.
— Ici, dit-il.
Ce mot. Simple, ancré, présent. Ici. Comme une réponse à cinq ans d'absence.
Le rythme changea. Il changea parce qu'ils le voulurent tous les deux simultanément, sans se le dire — une accélération progressive, une intensification qui avait la logique naturelle des bonnes plaidoiries, de l'argument qui monte vers son point culminant avec la précision d'une chose bien construite. Élise avait le dos contre la paroi et elle ne pensait plus à l'ascenseur, à la panne, au cabinet, aux cinq ans de corridors froids — elle ne pensait qu'à ça, à lui, à cette friction précise et profonde, aux sons qu'il faisait contre son cou, graves et contenus, comme si même maintenant il refusait de perdre complètement la maîtrise.
— Lâche prise, dit-elle.
— Pardon ?
— Tu retiens encore quelque chose.
Un silence. Puis il l'embrassa — profond, affamé — et quelque chose dans ses épaules se défit, et la maîtrise restante alla rejoindre les vêtements sur le sol de l'ascenseur.
Ce qui suivit était moins composé et beaucoup plus honnête.
Il y avait le bruit de leurs corps dans le silence de la cabine, et la chaleur qui était maintenant climatique, totale, et sa voix à lui — basse, fragmentée, si différente de la voix de cour qu'elle connaissait — et la sienne, moins contrôlée qu'elle ne l'aurait cru possible, et leurs deux noms qui revenaient dans ce murmure particulier qui n'appartient qu'à ça.
Élise vint la deuxième fois comme une vague longue et profonde, les dents dans son épaule, et elle sentit lui la suivre quelques secondes après — ce moment où la maîtrise cède pour de vrai, ce son qu'il fit, grave et court, contre son cou — et ils restèrent ainsi un long moment, immobiles dans l'espace minuscule, leurs respirations se ralentissant ensemble, leurs corps encore joints, la chaleur de l'ascenseur devenue leur propre chaleur.
Chapitre 8
Ce qui reste quand les lumières reviennent
Les lumières revinrent à 4h23.
Pas progressivement — d'un coup, comme elles étaient parties, un retour brutal du monde réel avec ses néons froids et sa climatisation qui reprit dans un bourdonnement mécanique. L'ascenseur émit un son, frémit, et se remit en marche.
Ils avaient eu le temps — dans l'heure précédente, dans ce silence qui avait suivi et dans lequel ils s'étaient assis côte à côte sur le sol, dos à la même paroi, épaules qui se touchaient — de remettre leurs vêtements. Pas entièrement : sa chemise de lui portait les marques de ce qui s'était passé d'une façon qui ne se camouflait pas, et ses cheveux à elle refusaient de retrouver leur chignon. Elle avait renoncé et les avait simplement retenus derrière l'oreille.
Ils se levèrent sans se concerter quand l'ascenseur repartit.
— 21, dit Kane, et il appuya sur le bouton de son étage avant le sien.
Elle le regarda.
— Je descends au parking, dit-il. Toi d'abord.
Ce toi dans sa bouche, maintenant, avec toute cette nuit entre eux.
L'ascenseur s'arrêta au 21e étage. Les portes s'ouvrirent sur le couloir vide, éclairé, parfaitement ordinaire et appartenant à un monde dans lequel rien de tout cela ne s'était passé. Elle récupéra son attaché-case — qu'elle avait complètement oublié pendant plusieurs heures, ce qui en soi était stupéfiant — et se retourna vers lui.
Il était debout dans la cabine. Chemise rentrée mais insuffisamment, veste sur un bras, regardant les portes qui allaient se refermer dans quelques secondes.
— Kane, dit-elle.
Il leva les yeux.
— Elias, se corrigea-t-elle.
Et c'était tout — c'était le mot, son prénom, la correction volontaire, qui disait tout ce qui ne se disait pas autrement entre deux personnes comme eux dans un couloir vide à 4h23 du matin.
Il ne sourit pas — pas le demi-sourire calculé, pas le sourire du procès Fontaine. Il la regarda d'une façon que personne d'autre ne lui avait vue, d'une façon qu'elle devrait nommer plus tard quand elle aurait trouvé le mot juste.
— Bonne nuit, Élise.
— Bonne nuit.
Les portes se refermèrent.
Elle resta un moment dans le couloir vide, attaché-case à la main, cheveux défaits sur les épaules, et elle écouta le son de l'ascenseur qui descendait, les câbles et le mécanisme, et elle pensa à demain.
Demain il y aurait le couloir. La réunion de cabinet du mercredi matin — elle en avait une, il en aurait une, dans deux salles différentes, et peut-être qu'ils se croiseraient à la machine à café ou à l'ascenseur — l'ascenseur — et elle pensait à ce moment, à ce qui se passerait dans ce premier regard de l'espace normal, et elle ne savait pas.
Elle ne savait pas, et c'était rare — Élise Moretti savait toujours — et cette incertitude était inconfortable et excitante avec une intensité presque indiscernable de la peur.
Dans l'ascenseur qui descendait, Elias Kane regardait les numéros défiler au-dessus des portes. Il sentait encore la chaleur de son dos contre la paroi, l'odeur de son parfum sur sa chemise. Il pensait à mercredi matin et à la machine à café et à la façon dont elle le regarderait — ce regard direct, sans concession — et à ce que lui feraient ce regard et cette bouche et cette intelligence féroce, maintenant qu'il savait ce qu'il y avait de l'autre côté.
Il y avait beaucoup de l'autre côté.
L'ascenseur atteignit le parking. Les portes s'ouvrirent sur le béton froid et les néons blancs. Kane sortit, posa son manteau sur ses épaules, et marcha vers sa voiture avec la démarche d'un homme qui a pris une décision irréversible et n'en est pas mécontent.
Elle dirait Moretti demain matin dans le couloir, il le savait. Elle remettrait l'armure avec ses talons et son tailleur et son regard acéré, et elle serait l'avocate impeccable qu'elle avait toujours été, et lui serait Kane, et tout serait pareil.
Sauf que rien ne serait pareil.
Sauf qu'il y aurait entre eux, dorénavant, le souvenir précis de son prénom dans sa bouche, de sa peau dans ses mains, de ces heures entre deux étages où ils avaient cessé d'être des adversaires pour devenir quelque chose pour lequel ils n'avaient pas encore de mot.
Ce mot — il le trouverait. Il avait toujours trouvé les mots justes.
Il s'y mettrait dès qu'il aurait dormi.
Ou peut-être qu'il enverrait un message avant. Quelque chose de court. Quelque chose d'avocat.
Affaire non classée. À suivre.
Il ne le fit pas.
Il attendit mercredi matin.
Et mercredi matin, quand Élise Moretti passa devant lui dans le couloir du 21e étage avec son café, son dossier, ses talons, ses cheveux impeccablement coiffés et son regard qui ne s'arrêta sur lui que deux secondes — juste deux, suffisamment pour qu'ils se soient vus vraiment — il comprit qu'il attendrait aussi longtemps qu'il le faudrait.
Il était, après tout, infiniment patient.
Quand les enjeux en valaient la peine.



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